Permaculture - 03.2- Cultures sans labour

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3.2 CULTURES SANS LABOUR

Jusqu'à ce que j'ai lu Fukuoka, je ne trouvais pas de façon satisfaisante d'introduire les céréales et les légumineuses dans la permaculture, mais le système esquissé dans La Révolution d'un seul brin de paille semble avoir résolu le problème de la culture sans labour des céréales. P.A. Yeomans et David King de Nimbin recommandent aussi l'ouvrage de G.F. Van der Muelen, un agronome tropical qui a publié The Ecological Methods for Permanent Land Use in the Tropics (Méthodes écologiques d'utilisation permanente du terrain sous les tropiques) — on peut commander ce livre à l'adresse suivante : Ranonnkelstraat 119, La Haye, Pays-Bas. Van der Muelen utilise par exemple la dolique (Dolichos lablab) sous les Palmiers du genre Borassus pour former un système vivace. Un ami de Yeomans emploie avec grand succès la dolique avec l'orge en culture annuelle(1).

En bref, ce système part de la rotation habituelle légumineuse/céréale/racines/pâturage/jachère/légumineuse pour aboutir à une culture unique mixte de céréales et de légumineuses. Nous avons toutes les raisons d'agir de même en ce qui concerne les systèmes de culture d'arbres, y compris les arbres de la famille des Légumineuses (acacias vrais, robinier faux-acacia, luzerne arborescente) dans les vergers producteurs de fruits, de graines oléagineuses (noix, noisettes, amandes, etc.), ou de bois.

N'importe qui peut produire sans tracteur ni machine une récolte importante de céréales et de légumineuses s'il pratique la « rotation simultanée ». La méthode est très bien adaptée à l'utilisation des sédiments provenant des lagons récepteurs d'égouts et d'eaux usées, où il n'y aura pas besoin de fumier de volaille.

Dans cet exposé, j'ai combiné les données de trois livres (références 3, 12, 13), en utilisant la méthodologie de Fukuoka, et les données des deux dernières références (12, 13) pour mettre au point un système de culture de céréales permanent et sans labour, qui s'insère dans le système de la permaculture. Les céréales sont une source de nourriture importante et sont produites en une saison. La plupart des régions conviennent à leur culture, et les légumineuses jouent un rôle essentiel dans le processus de fixation d'azote pour les céréales. Une alimentation basée sur les céréales et les légumineuses fournit un supplément de protéines complètes (voir Diet for a small planet de Frances Moore Lapé, FOEBallantine).

Le principe du mulch continu (avec trèfle) et de la double culture, avec des céréales semées en hiver et au printemps, rend possible l'utilisation de petites surfaces (400 m2 ou moins) pour fournir à une famille de cinq personnes sa ration annuelle de céréales. Si l'on veut cultiver du riz, le terrain doit d'abord être nivelé et une digue basse construite autour, de façon à ce qu'environ 50 mm d'eau puissent recouvrir la surface du sol au mois de juin (voir référence 12 pour les techniques d'étanchéification des digues avec du plastique).

Après avoir travaillé ou nivelé le terrain en été, il faut y épandre de la chaux ou de la dolomie, l'arroser et le préparer pour les semailles d'automne. Pour démarrer le système de culture continue, on applique un mulch complet (sans graines) de paille, d'algues, de papier déchiré ou de sciure, etc., à raison d'environ 900 kg/1 000 m2. Si l'on ne peut se procurer de mulch, les graines peuvent être recouvertes comme il est usuel par ratissage. Je vais traiter ici le cas de plusieurs lots de terrain pour montrer comment différentes plantes peuvent être traitées. En octobre, les grains sont semés à la volée sous le mulch comme suit:

Lot n° 1 2 3 4 5

Riz Riz Riz Riz Riz

Grains Trèfle blanc Trèfle blanc Trèfle blanc Trèfle blanc Trèfle blanc

Seigle Orge Millet Blé d'hiver Avoine

Le riz reste en dormance jusqu'au printemps et les autres plantes germent peu après le semis. En supposant que la rotation a déjà eu lieu sur un an et que de la paille provenant de la culture précédente peut être utilisée comme mulch, l'année se déroule comme suit.

Octobre :

On épand à la volée une fine couche de fumier de volaille sur le terrain. Utilisez 1 kg de trèfle par ha, 7-16 kg de seigle et d'autres céréales par ha et 6-11 kg de riz par ha. Utilisez du trèfle inoculé si c'est la première culture. Les semences peuvent être d'abord disséminées, puis recouvertes de paille, ce qui les protège des oiseaux. La seconde année, le seigle et le trèfle sont semés à cette époque dans le riz mûr. Le seigle et les autres céréales sont semés au milieu du mois.

Novembre :

1resemaine — le riz de l'année passée est récolté, la récolte séchée sur des râteliers pendant 2 à 3 semaines, puis battue. La paille de riz et la balle sont épandues sur le champ. Du riz qui n'a pas été extrait de sa balle est semé dans le mois qui suit la récolte, juste avant que la paille soit mise en place.

Décembre-mars :

Émigrez vers un climat chaud ou admirez votre culture en hiver. La faire brouter légèrement par les moutons ou les oies aide les plantes à taller et apporte du fumier. Resemez dès que possible dans les zones ou la levée s'est mal effectuée. Quand les végétaux ont atteint environ 150 mm, 100 canards à l'ha réduiront le nombre des parasites tout en fumant le champ. Il faut éviter d'y laisser stagner l'eau.

Avril :

Vérifiez que le riz pousse bien et ressemez si c'est nécessaire.

Mai :

Le seigle, l'orge, etc., sont récoltés vers le milieu du mois et mis à sécher en tas pendant 7 à 10 jours. Le riz est piétiné mais il se remet. Après que les autres céréales ont été battues, la paille et la balle sont répandues sur le champ, en transportant chaque type de paille sur un lot différent, comme par exemple :

Lot n° 1 2 3 4 5

Pailles Avoine Seigle Orge Millet Blé

Juin :

Il ne reste que le riz. Les adventices d'été peuvent apparaître, mais elles sont affaiblies par inondation pendant 7 à 10 jours, jusqu'à ce que le trèfle jaunisse, mais sans qu'il ne meure. Le riz pousse jusqu'à la récolte du mois de novembre.

Juillet-septembre :

Le champ est maintenu à une saturation de 50 à 80 % sous le riz, tandis que l'on prépare les grains des autres céréales pour le semer en octobre. Le cycle continue alors comme avant, mais en utilisant maintenant la paille des cultures comme mulch. Chacun doit mettre au point ses propres techniques et ses mélanges d'espèces; mais une fois qu'un cycle a été perfectionné, il n'y a plus de façons culturales à prévoir, et le mulch de paille est la seule défense contre les adventices : il est bon de planter autour des champs des lignes de Coprosma, de consoude, d'agrumes, de mûrier, de citronnelle, de luzerne arborescente, d'herbe des pampas ou d'une autre plante-abri limitant les adventices. Épandez de la sciure comme mulch sous ces bordures pour éviter l'invasion d'adventices provenant des digues ou du terrain avoisinant.

Là où une culture irriguée n'est pas possible, du riz de culture sèche ou d'autres céréales peuvent être utilisés, et l'arrosage par aspersion remplace l'inondation estivale. Dans les zones de mousson, les pluies d'été devraient suffire. Les amateurs devraient semer densément les graines jusqu'à ce qu'ils soient capables de couvrir le sol de manière égale. Les semoirs mécaniques peuvent être employés pour de grandes surfaces. Là où l'on ne peut cultiver du riz (dans les régions froides par exemple), d'autres céréales peuvent lui être substituées, et des cycles à court terme inventés (blé de printemps ou maïs semé de mars à mai, par exemple, avec avoine, orge ou blé comme culture d'hiver). On peut aussi essayer d'autres légumineuses.

Logsdon12 donne des sources pour les graines et le petit matériel, ainsi que des informations sur la manière de s'y prendre pour battre, vanner et moudre. (La machine « RippleFlo » du C.S.I.R.O., maintenant produite en Australie, effectue toutes ces tâches, plus la séparation des grains de l'épi.) Dans les climats humides, le grain doit être séché à 14 % d'humidité avant d'être stocké dans des tonneaux ou des bidons résistant aux parasites. Sur un terrain labouré, il faut 4 à 5 fois plus de semence que dans cette méthode du mulch de paille. Le livre de Fukuoka donne beaucoup plus de données sur le jardinage sans labour pour les fruits et les légumes, et, comme culture d'arbre, il utilise 12 acacias vrais à l'ha au lieu de trèfle. Fukuoka3 a employé ce cycle sans labour pendant 25 ans et son sol s'améliore, sans autre engrais que le fumier de poulets et de canards, sans pulvérisations et sans herbicides.

Là où les moineaux posent un problème, les grains sont mélangés avec de l'argile, passés à travers un grillage et roulés en petites boules, ou humectés et roulés dans un récipient contenant de l'argile en poudre pour former des boulettes. On peut aussi former celles-ci en faisant passer l'argile et les grains à travers un hachoir domestique sur une table vibrante couverte de poussière ou de farine.

1. Céréales

RIZ (Oryza saliva), bien que céréale à jour court, adaptée aux latitudes jusqu'à 40° N. et S., serait probablement cultivé avec succès dans les pays tempérés. Il est autopollinisé. Les Nations Unies notent que le riz est sensible à l'azote (le fumier de poulet de Fukuoka). Les Japonais contrôlent la maladie des grains en les trempant dans 40 % de « formaline » diluée avec 50 fois son volume d'eau. Les marges autour du champ de riz inondé devraient être tondues ou plantées avec des arbustes ou de grandes plantes herbacées vivaces pour éviter l'invasion par les adventices. Les graminées sauvages servent de réservoir de maladie. Là aussi, Fukuoka coupe à la faucille les graminées sauvages et ignore pulvérisations et insecticides.

La graine, à environ 13 % d'humidité, est stockée dans un lieu frais. « Les bons rendement peuvent atteindre 3 à 4 t/ha13. » 88 boisseaux = 5 200 lbs (parfois 116 boisseaux), soit de 2,5 à 5 t, plus 9 t de paille par ha3. (Ces différences de rendement montrent combien plus efficace est le système du mulch de paille).

SEIGLE (Secale cereale) : une plante à jour long adaptée aux climats tempérés ; habituellement cultivée en hiver, mais il existe des types de printemps. Mûrit en 37.71 jours. La pollinisation s'effectue par le vent : semez en automne (octobre-novembre) à 55-60 kg sur un terrain irrigué. Un complément d'azote est nécessaire en terrain pauvre. Nécessite de l'humidité (une irrigation) au moment de la floraison. L'ergot est éliminé par une solution à 20 % de sel de cuisine, puis le grain est rincé et égoutté; sa germination n'en est pas affectée. La récolte doit être battue quelques jours après que les grains sont mûrs. Stockez à moins de 14 % d'humidité. Les bons rendements atteignent de 2,8 t/ha13 à 5,7 t/ha3 (2).

BLÉ (Triticum aestivum) : une plante de jour long pour régions tempérées. Certaines variétés poussent en Alaska. Il y a des blés d'hiver et des blés de printemps. Nécessite une période ensoleillée de 6 à 8 semaines pour mûrir. Les sols lourds et bien drainés sont les meilleurs. Autopollinisé. Les variétés ne se féconderont pas mutuellement en cas de haie formant barrière. Semer à 40-80 kg/ha. Est stimulé par la présence d'azote. Dans les régions sèches, l'irrigation par inondation est utile, mais il faudra la stopper quand le grain sera formé. Couper quand le grain est sec et dur. Battre et stocker à moins de 15 % d'humidité. 5 t/ha est un bon rendement.

ORGE (Hordeum vulgare) : une plante de jour long pour régions tempérées ; des zones subtropicales à l'arctique. Les types de printemps mûrissent en 60 à 70 jours, les types d'hiver en 160 jours. Autopollinisé. Semer en automne 70-120 kg/ha, en terrain irrigué, ou 13 kg/ha dans du mulch3. Contrôler l'ergot comme pour le seigle. Connaît moins de parasites que le blé. Le grain doit être dur avant le battage et la paille sèche. Stocker à 14 % d'humidité dans un endroit frais et sec. Bons rendements : 3 à 3,5 t/hall ; 4,7 t/ha ou 22 boisseaux3.

SARRASIN (Fagopyrum sp.) F. esculentum, F. tataricum, F. emarginatum : adapté à une grande diversité de climats. F. esculentum est l'espèce qui convient le mieux aux climats tempérés humides. Tolère beaucoup de sols, même s'ils sont peu fertiles, mal labourés ou acides. Pollinisé par les insectes, a besoin des abeilles (qui l'apprécient) à raison de 2 ruches/ha. Craint les gelées. Ne semer que lorsque le gel n'est plus à craindre, à raison de 25-40 kg/ha; pas plus, ou il produira moins de graines. La chaux peut aider. Peu de maladies. Récolté normalement après 10 semaines, quand la graine à la base est totalement mûre. Se bat aisément. La graine peut être séchée sur le sol. Bons rendements : 4,2-4,4 t/ha 13. Excellent engrais vert pour les sols pauvres (3).

AVOINE (Avena saliva. A. byzantina) : plante de jour long à variétés d'hiver et de printemps ; réussit mieux en climat tempéré. A saliva est la meilleure culture d'hiver en climat tempéré. Sols neutres de types variés (le meilleur est un terrain argileux sec). Autopollinisé. Verse s'il y a trop d'azote dans le sol ; en a donc moins besoin que les autres céréales. Semez à raison de 50-200 kg/ha en mars-avril pour récolter en août-septembre ou en automne pour les variétés d'hiver. L'eau est nécessaire à la floraison. Récoltez quand la paille est encore un peu verte et le grain un peu tendre. Stockez à moins de 14 % d'humidité. Bons rendements : 5 t/hai3.

QUINOA (Chenopodium quinoa et Canihua, C. pallicauda) : cultivé à haute altitude en Amérique du Sud (Pérou, Argentine), le C. quinoa mûrit en 135 à 145 jours, le Canihua en 165 à 172. Tolère les sols chargés de sels. Semer au printemps à raison de 10 à 15 kg/ha. Les oiseaux sont un problème. Les plantes sont arrachées lorsque les graines ne sont plus écrasées sous l'ongle. Mettre en tas pour faire sécher. Les bonnes variétés (1 000 variétés sont disponibles) produisent 2 à 3 t/ha13.

TEFF (Eragrostis te f f) : neutre en ce qui concerne la longueur du jour. Types à grains blancs adaptés aux saisons à étés secs, types à grains bruns adaptés aux étés humides. Résiste à la sécheresse, mais doit être abrité à la floraison. Convient à une grande diversité de sols bien drainés ; pousse bien sur les sols sablonneux. Autopollinisé. Semez au printemps pour récolter en automne à raison de 10 à 12 kg/ha. Éclaircissez si nécessaire. Récoltez lorsque les panicules vertes deviennent grises. Produit 2 t/ha 13.

MILLET (Plusieurs espèces : surtout Panicum miliaceum et Setaria italica) : traitez comme le maïs (ci-dessous), en semant les graines trempées 10 jours après le maïs à raison de 2-3 kg/ha. Ne supporte pas les gelées printanières. Toutes les espèces et variétés poussent rapidement et sont peu exigeantes en eau. Bonne culture à entreprendre là où les autres céréales ont échoué auparavant. Autopollinisé ou pollinisation croisée. Récoltez quand les grains sont mûrs: suspendez les sommets des plantes dans une grange, et donnez tel quel à la volaille, comme vous le faites avec les capitules de tournesol. Les grains se conservent bien. Les oiseaux sont un problème ; la volaille apprécie le millet.

MAÏS (Zea mays — nombreuses variétés) : plante de jour court, mais adaptée aux zones subtropicales et jusqu'à 40° N. ou S. Ne supporte que les gelées légères. Suivant la variété, produit ses grains en 50 à 130 jours. Préfère les sols neutres et bien drainés. Pollinisation croisée par le vent, a donc besoin de hauts brise-vents pour conserver la pureté des variétés. Souvent suivi par le blé ou l'orge, en rotation avec des pois, des arachides ou du soja. Semer de mai à juillet, « quand les feuilles de chêne sont aussi grandes que des oreilles d'écureuil, ou quand la température du sol est de 15 °C », à raison de 15 à 30 kg/ha. Éclaircissez s'il le faut pour garder 1 200 à 1 400 plants à l'ha. Nécessite moins d'azote, mais plus de phosphate et de potasse que les autres céréales. L'irrigation lors des périodes sèches accroît la production de grain. Le maïs doux est récolté lorsque le grain est laiteux, puis il est congelé, ou les épis sont laissés à sécher sur la plante. Peut être mis en meules dans les champs, effeuillé et donné sous forme d'épis entiers à la volaille, aux porcs. Le grain peut aussi être détaché et stocké. Donne de 1,2 à 1,5 t/ha. Il est également possible de faire brouter aux agneaux les feuilles inférieures, puis de lâcher les porcs dans le champ pour qu'ils récoltent les épis. Le bétail et la volaille glaneront ce qui reste, mais dans ce cas il n'y aura pas grand-chose pour servir de mulch et la paille devra être « empruntée » ailleurs. Une bonne culture intermédiaire avec cette céréale est le haricot à rames (qui grimpe le long des tiges) ou la fève. Dans les régions ensoleillées, melons et potirons peuvent être cultivés en même temps au niveau du sol.

2. Légumineuses, haies, plantes oléagineuses

FÈVE (Vicia faba) : plante de jour long adaptée aux climats tempérés. Résiste aux gelées. Aime les sols lourds, argilo-calcaires, bien drainés. Autopollinisée, mais les abeilles aident à la formation des graines. Semez d'octobre à décembre à raison de 200 kg/ha (35-40 plantes au m2). Il faut mettre un peu de fumier pour un apport en phosphore, ou épandre des phosphates naturels. Récoltez avant que les gousses supérieures ne soient mûres, entassez pour sécher. Donne 1,5 t/ha. En plus des graines, les jeunes pousses peuvent être consommées comme légume vertu, ainsi que les jeunes gousses en formation. Si les tiges sont coupées après la récolte, elles regerment l'automne suivant.

VESCES (Vicia spp., particulièrement V. ervilia) : Légumineuse de jour long adaptée aux climats tempérés. Pousse dans les dunes ou sur sol humide. V. pannonica est la meilleure espèce pour les sols lourds, V. ervilia pour la résistance au froid. Produit plus de graines sur des sols moins fertiles. Autopollinisée, mais aidée par les abeilles. Souvent suivie par du maïs, du blé, ou peut être mélangée avec de l'orge, de l'avoine, du seigle ou du blé. Semez de février à avril, ou en hiver, à raison de 40-50 kg/ha, ou 20 kg/ha avec 30 kg d'avoine, 80 kg de seigle. Il vaut mieux semer avec l'avoine car les graines sont mûres en même temps. Habituellement non irriguée. Récolter quand les gousses inférieures sont mûres. V. ervilia est l'espèce la plus tardive à mûrir. Les grains d'avoine et d'orge se séparent facilement des vesces. Stockez lorsqu'elles sont sèches. Produit jusqu'à 1 t/ha sur sol lourd (V. ervilia)".

LENTILLE (Lens esculenta) : plante de jour long pour climats méditerranéens, ou culture d'hiver sous les Tropiques. Très résistant aux gelées. Autopollinisée. Souvent semée avec l'orge en rangs larges de 2 m, en alternance. N'a pas besoin de beaucoup d'azote; a peu de parasites. Semez à raison de 30-80 kg/ha 13, mûrit en 90-150 jours. Récoltez quand les gousses inférieures brunissent. Attachez en bottes et faites sécher plusieurs jours. Battez si les lentilles ont été cultivées avec des céréales. Rendement moyen : 0,6 à 1 t/ha ". Semez en février-mars, ou en automne sous climat méditerranéen.

POIS CHICHE (Citer arietinum): plante neutre en ce qui concerne la durée du jour, nécessitant un climat frais pour une meilleure croissance. Peut supporter de bases températures. Met de 90 à 100 jours pour mûrir. Requiert des sols bien drainés. Autopollinisé. Succède habituellement au blé, au riz, à l'avoine. Semez en mars-mai comme culture de printemps à raison d'environ 40-60 kg/ha. Souvent irrigué en cas de sécheresse. Récoltez quand la graine est développée mais encore verte, et que les feuilles sont brun rougeâtre. Arrachez ou coupez, mettez en tas 1 à 2 semaines sur le champ. Battez au fléau. Produit 0,9 t/ha quand la culture est irriguée13.

POIS (Pisum sativum) : plante de jour long adaptée aux climats frais et humides. Subit plus de dommage des hautes températures que du gel. Autopollinisé. Précède souvent le blé. Semez de février à mai à raison de 100-150 kg/ha. La potasse est utile sous les climats humides. A besoin d'eau au moment de la floraison puis de nouveau juste avant que ne se forment les gousses, ou lorsqu'elles sont à moitié pleines s'il ne pleut pas. Récoltez en arrachant ou en coupant quand les pois s'ouvrent sans que de l'humidité s'en échappe. Mettez en tas 10-15 jours, séchez à 15 % d'humidité. Produit environ 3-4 t/ha13.

LUPIN (Lupinus spp.): plante de jour long, ou engrais vert, préférant les climats frais. Cultivé comme plante annuelle d'été ou d'hiver, mettant de 100 à 150 jours pour mûrir ses graines (si on en a besoin). Préfère les sols neutres et légers. Les abeilles sont les pollinisateurs principaux. Souvent cultivé après les arachides, avant les céréales, ou même utile pour jouer le rôle de pionnier (s'il a été inoculé). Semez de mars à mai ou de septembre à novembre à raison de 40-80 kg/ha. S'il est utilisé comme pionnier, ajoutez des phosphates. Les lapins son un danger. Si vous voulez récolter les graines, coupez les plantes quand les gousses sont aux 3/4 brunes, mettez en bottes, puis battez au-dessus d'un tamis de grillage. Rendement moyen en graines : 0,8 à 1 t/ha13. Une nouvelle variété sans alcaloïde du lupin « Russel vivace » est à l'essai en Grande-Bretagne comme source de nourriture pour l'homme et le bétail — une sorte de pois vivace.

HAIES AUTOUR DES CHAMPS

LUZERNE ARBORESCENTE (Chaemocytisus proliferus(4)) : petit arbre jusqu'à 4 m. Légumineuse vivace, rustique. Fleurit de bonne heure : décembre à juin à 40° de lat. N. Donne ses graines de juillet à septembre. Produit abondamment de la graine pour la volaille, et des feuilles pour les bovins et les moutons. Admet divers sols, argileux, gras. Pollinisé par les insectes, principalement les abeilles. Semez au début de l'été. Ramassez les gousses pour les graines comme avec les lupins (voir ci-dessus). Supporte la taille pour ramasser des bottes de gousses. Plante utile pour créer des haies brise-vent ou avec les graines de Coprosma comme nourriture pour la volaille. Utilisé aussi en bandes à double clôture comme fourrage d'été pour les bovins et les moutons. Les tailles sont employées comme mulch.

Plusieurs autres plantes de haies sont mentionnées ailleurs dans ce livre (voir section 4.4). PLANTES OLÉAGINEUSES

Un cycle à essayer sur les sols sablonneux (seulement en climat chaud) est arachide/pomme de terre, avec interculture de lupin comme engrais vert. Couvrez le terrain d'un mulch de paille ou d'algues sur les buttes et abritez du vent en plantant du lupin de Russel (vivace).

ARACHIDES (A rachis hypogaea) : les graines crues, écossées à la main, sont plantées et peuvent être inoculées s'il n'y a pas de trèfle. Plantées après les dernières fortes gelées en avril-juin à raison de 33 kg/ha, en rangs espacés de 90 cm, les graines à 39 cm sur le rang (24 600 plantes par hectare donnent le meilleur rendement). Les adventices doivent être contrôlées par du mulch, ou les arachides seront difficiles à ramasser. Une mince -couche de fumier de poulet aide la culture. S'il ne pleut pas assez, irriguez tous les 10 jours après la floraison. Les plantes sont arrachées quand les feuilles jaunissent et que certaines gousses sont.brunes sur leur surface intérieure (environ 120 à 140 jours). Nécessite un labour sur les sols lourds, peut être arraché en sol sablonneux, séché et débarrassé de ses gousses (cultivé pour les graines et l'huile).

Des modifications aux systèmes ci-dessus doivent être apportées localement, de préférence à petite échelle (tondre les herbes indésirables au lieu d'inonder les champs de riz par exemple).

Un complément utile d'information est donné dans l'ouvrage de Phillips, S.H. et Youn, H.M.4. Ce livre, bien qu'orienté vers l'usage de machines lourdes et de pulvérisations donne quelques bons conseils aux agriculteurs qui ont décidé de ne pas labourer. Par exemple, le seigle et le blé sont semés à la volée dans les cultures de soja quand les feuilles de ce dernier commencent à tomber. Les feuilles tombées protègent les graines des oiseaux. Le soja (ou les autres légumineuses) sont semés à la volée dans les chaumes de l'avoine, de l'orge, du blé ou du seigle, comme l'est le Lespedeza, qui est ramassé en automne. Les pois sont semés après le maïs et les pois mange-tout sont suivis du maïs. D'autres cultures adaptées au non-labour sont le concombre, la pastèque, la tomate, le coton, le tabac, la betterave à sucre, le piment et le poivron, la vesce, le tournesol.

Le soja succédant aux céréales est semé dans la dernière semaine de mai, et jusqu'à 3 semaines plus tard dans un mulch de paille.

Le problème le plus compliqué est de mettre au point d'utiles permutations de la méthode. Si nous avons, disons, 8 céréales, dont 3 sont des formes d'hiver/printemps, 6 légumineuses (mûrissant toutes de façon différente) et des saisons où il pleut soit en hiver, soit en été, les possibilités sont multiples. D'autres complications proviennent des systèmes de culture sèche, d'irrigation par aspersion et de champs inondés. Et dans le cas de chacun, sauf des champs inondés, il existe un potentiel d'intégration avec un système de plantes vivaces ou d'arbres. Il ne reste qu'à essayer. Une limitation est que la paille « de printemps » ne peut être épandue sur les graines de la même culture (ce qui pourrait transmettre des maladies), alors que la paille placée en automne ou au milieu de l'été pourrit avant que ne pointe la culture de printemps.

Il y a donc un nombre impressionnant de possibilités à essayer, et la meilleure façon de procéder est de dessiner les successions de cultures sur du papier pour un certain nombre de petits jardins, les essayer dans votre région, et ne passer aux essais à grande échelle que si les premières successions se sont montrées concluantes. Il n'y a cependant pas de doute dans mon esprit que nous ne puissions mettre au point plusieurs rotations permanentes sans labour, au prix de modestes essais. Ce que nous omettons ici est le 2.4 D et les paraquats, pesticides qui sont la base des cultures sans labour là où l'utilisent les agribusinessmen consommateurs d'énergie et manquant de savoir-faire. Fukuoka' contrôle les adventices et les parasites par des moyens naturels (grenouilles, araignées, paille, inondation ou fauchage).

Le travail dans le système est minimal et nous espérons que de nombreuses personnes feront des essais dans leurs jardins familiaux avec des pois chiches, des lentilles, des haricots ou des lupins comme légumineuses de remplacement. La communication des résultats serait grandement appréciée, et les essais couronnés de succès seront publiés dans « Permaculture Quarterly ».

Pourquoi donner la référence de trois ouvrages sur les céréales ? Les comparaisons sont intéressantes par elles-mêmes. Le bulletin de la F.A.O. et Phillips et Young4 pourraient être caractérisés comme « consciemment non-biologiques », Logsden comme « consciemment biologique » et Fukuoka comme « inconsciemment biologique ». Je pense que la succession marque une évolution dans l'approche et dans le processus : les rendements augmentent en même temps que la compréhension, et cela résume à peu près tout. Fukuoka a « empilé » la rotation des cultures en semant dans la culture précédente et en utilisant le trèfle blanc comme base permanente. Logsden a bien mis au point son système de rotation, mais il est espacé dans le temps. La F.A.O. a quelques idées sur la rotation, mais ne propose aucun système. De même que Fukuoka empile son système céréale/légumineuse, il empile son système agrume/acacia vrai. C'est dans cet effondrement des périodes séparant les successions de cultures qu'il fait preuve de sophistication — l'ordre dans le temps au moyen d'un désordre apparent dans l'espace. Il en est ainsi pour toutes les synthèses réellement créatives.

1 En France, Marc Bonf ils (Permaculture Pyrénées — 11300 Bourièges) a obtenu d'intéressants résultats avec les céréales d'hiver. N.d.T.

2 Et même davantage, jusqu'à 2 kg/m2en Allemagne (Siegfried Lange50). N.d.T.

3 Ne vient pas sur calcaire. N.d.T.

4 Ou « Tagasaste », originaire des Iles Canaries. La plante que nous connaissons généralement en France sous le nom de Luzerne arborescente est le Medicago arborea. N.d.T.

 

 

3. Distribution de la production

La concentration de la production sur une courte période est une stratégie fiscale, qui n'a rien à voir avec l'environnement ; son résultat est un régime de « festin et famine » au marché et dans les champs, avec en conséquence de hauts coûts de stockage. Notre but devrait être d'étaler la production au cours du temps, de façon à ce que nous puissions avoir à notre disposition de nombreux produits à chaque saison. En permaculture, il existe divers moyens pour arriver à ce but:


  •     La sélection de variétés précoces, moyennes et tardives.

  •     La plantation de la même variété dans des conditions de maturation précoce ou tardive.

  •     La sélection d'espèces à production étendue dans le temps.

  •     L'accroissement général de la diversité dans le système, de façon à ce que les feuilles, les fruits, les graines et les racines soient tous productifs.

  •     L'utilisation d'espèces qui se conservent d'elles-mêmes, comme les tubercules, les grains et graines durs, les noix ou les rhizomes qui peuvent être déterrés à la demande.

  •     Les techniques consistant à mettre en bocaux, à sécher, à retirer les noyaux et à conserver au frais ; et

  •     Le commerce régional entre communautés, ou l'achat de terres à différentes altitudes ou latitudes.

Publié dans Permaculture

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F

Bonjour à partir de plusieurs ouvrages le sol la terre et les champs de claude Bourguignon , la révolution d'un seul brin de paille et l'agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka je mène une
expérience de potager verger sans labour dans une zone de jardin tous labourés . Tous les lombrics survivants du chimisme et des labours se sont dirigés vers le terrain où il y avait de la
nourriture au sol Il serait utile que les gens qui travaillent dans cette direction se rencontrent Bien à vous


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C


Bien le bonjour, merci pour votre commentaire!


Voici une bonne base de lecture!


J'imagine que vous devez regarder vos ptits vers d'une autre manière.


Bientôt vous pourrez même en donner à vos "collègues" jardiniers ;-), ou les stimuler à composter et à collaborer avec le sol de manière plus saine


En effet, pour peu que l'on arrête ces mauvaises habitudes, La Vie du Sol se réinstalle progressivement ( on compte 5 ans pour que l'activité biologique revienne à un état "positif")


Et comme vous le soulignez, eux aussi doivent se nourrir en avalant Terre et et fragments de Matière Organique. Tout ce qui a été vivant devrait retourner au sol, ou tout au moins la partie que
nous ne n'utilisons pas.


La Permaculture continue à semer ces petites graines, il y a une association francophone "Brin de Paille" qui, grâce à leur réseau, centralise les projets connus en france et navarre,
l'expérience de certains membre..., il y a également un grand rassemblement en saison estival, des universités populaires...


Je vous souhaite plein de bonheur dans votre jardin