Permaculture - 03.1 - L'amélioration du sol à grande échelle

Publié le par permaculture.over-blog.fr

3.1 AMÉLIORATION DU SOL A LARGE ÉCHELLE

P.A. Yeomans et Geoff Wallace (de la vallée de Kiewa) ont tous deux mis au point un système de gestion des sols à grande échelle, pour leur rendre leur productivité et permettre leur utilisation dans des conditions stables. Aucun d'eux n'a été fait chevalier, proclamé héros national, ni même invité à venir enseigner dans les universités qui s'occupent de l'environnement. Mais il fallait s'y attendre : l'Australie ignore ses innovateurs, et va chercher à leur place des experts à l'étranger.

L'importance de la Ligne-clé (keyline), et les outils mis au point par Yeomans et Wallace, font que les sols improductifs et stériles peuvent être rapidement réhabilités. Que l'on utilise le « Bunyip Slipper Imp Shakaerator » de Yeomans ou le « Soil Conditioner »(1) de Wallace, ou les deux, le résultat est que le sol compacté est soulevé doucement (ni retourné, ni renversé), aéré et ameubli. La pluie le pénètre et est absorbée ; la température du sol augmente, les racines poussent et meurent pour faire de l'humus ; l'acide carbonique faible provenant de l'air, de la pluie et des racines dissout les nutriments du sol, et la campagne revit.

A part un épandage initial de phosphate ou d'oligo-éléments fortement déficients, on ne met rien. Lorsque après ce genre de traitement un sol noir s'est reconstitué sur 20 cm, les arbres et les cultures peuvent être plantés avec succès, et dans le cas où les récoltes proviennent des arbres, la réhabilitation est permanente. Je ne peux pas penser à une seule décision politique qui soit aussi importante que la décision qu'ont prise des hommes de cette trempe de restaurer le sol, car ce sont les produits du sol qui permettent aux politiciens de survivre, comme l'a clairement démontré Sir Albert Howard'. Le monde devrait avoir connaissance de ces résultats et leurs inventeurs devraient être faits enseignants nationaux pour avoir la possibilité de faire passer leurs connaissances au Tiers-monde, là où le besoin s'en fait sentir.

 

1 Sous-soleuses, équivalents tractés de notre « grelinette ,,. N.d.T.

 

 

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FIG. 3.1 : RÉHABILITATION DU SOL PAR LA SOUS-SOLEUSE.

 


Wallace et Yeomans ont montré que des sols qui ont mis un siècle à se développer sous le couvert de la forêt peuvent être recréés par l'homme en deux ou trois ans. Wallace a enregistré des augmentations de température jusqu'à 11 °C dans des sols protégés par sa forêt rénovée. Yeomans a montré comment « obtenir de l'eau pour chaque ferme » (et, qui mieux est, de l'eau propre) est un résultat de la Ligne-clé (keyline). De l'eau propre et un sol équilibré : voici les bases de la richesse humaine et sociale. Laissez-tomber la Sécurité Sociale et l'eau chlorée, et allez au coeur du problème — les ressources de base d'une nation. Howard21 a de quoi dire sur les résultats désastreux de l'apprentissage de l'agriculture en laboratoire ou à l'université, sans vision globale et sans essais sur le terrain.

La dégradation fait partie des dommages stupides, et c'est précisément ce qui est arrivé aux paysages de l'homme après le passage de la charrue. Les paysages abîmés s'offrent partout à notre regard. Le fait que la plus grande destruction ait lieu dans les nations les plus pauvres n'est pas un hasard — après la pauvreté vient l'extinction, le désert, le sel et le silence.

 

Si les nations prenaient pour objectif le bon état des sols, les autres problèmes qui nous harcèlent se résoudraient d'eux-mêmes, et une philosophie adéquate se développerait. Je mentionne des techniques à large échelle parce que les gens qui manquent d'informations s'imaginent que les méthodes biologiques ou de réhabilitation ne peuvent s'appliquer qu'à des projets à petite échelle. Trouvez des hommes comme ceux que j'ai cités et nous pourrions réhabiliter une nation.

 

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GEOFF WALLACE FAIT UNE DÉMONSTRATION DE SON « CONDITIONNEUR DE SOL » A KIEWA.


Ce que Yeomans et les autres réussissent avec la sous-soleuse et des machines qui ne retournent pas le sol, Fukuoka le fait avec des plantes à racines profondes comme le radis japonais et la luzerne, mais son système n'avait pas été compacté par de lourdes machines ou par du bétail. Même les fortes racines ne peuvent toujours traverser les couches durcies, et l'action vibratoire du « shakeaerater » est nécessaire à cette réhabilitation extrême.

Quand le sol est en voie de guérison, il est temps de planter des arbres et d'y semer des cultures. Un été passé à ramener le sol à la vie n'aura pas été perdu, car les arbres se développent plus vigoureusement dans ces nouvelles conditions ce qui permet de rattraper le temps perdu en une seule saison : un olivier ou un caroubier ayant du mal à survivre sur un sol compacté, pousse de 90 cm à 1,20 cm une fois le sol amélioré, et va peut-être produire en trois ou quatre ans au lieu de 17-18 ans ou plus.

Pour nous résumer brièvement, les résultats de la réhabilitation des sols sont:

  • Un sol vivant: les vers de terre ajoutent du fumier alcalin et agissent comme des pistons vivants qui aspirent l'air et donc l'azote dans le sol.

  • Un sol friable et ouvert à travers lequel l'eau pénètre facilement, et où l'acide carbonique et les acides humiques libèrent les éléments du sol pour les plantes, servant de tampon contre les variations de pH du sol.

  • Un sol aéré qui reste plus chaud en hiver et plus frais en été.

Le sol absorbant forme une efficace couverture qui retient l'eau et empêche son écoulement en surface ainsi que son évaporation rapide à l'air. Les plantes absorbent l'humidité nocturne, qui sera utilisée plus tard.

  • Les racines mortes servent de nourriture aux plantes et aux animaux, créant plus d'espaces d'air et de tunnels dans le sol, et fixant l'azote au cours de leur cycle de décomposition.

  • Le sol est rapidement pénétré par les racines des nouvelles plantes, qu'il s'agisse de cultures annuelles ou vivaces, etc.

  • On constate un changement permanent du sol s'il n'est plus tué par piétinement, écrasement, labour ou épandage de produits chimiques.

 

 

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PHOTO 3.2 : DÉTAIL DE LA SOUS-SOLEUSE DE WALLACE. LE COUTRE FEND LE SOL, LES BARAES EMMANCHÉES, EN FOAME DE « SOULIERS SUIVENT, POUR PRATIQUER DES TUNNELS D'AIR SOUS L'HEABE.

 

Les arbres servent bien sûr de pompes à nutriments à long terme, déposant leurs sels minéraux sur le sol sous forme de feuilles et d'écorce, que les champignons et les crustacés du sol transforment en mulch.

Wallace a fabriqué un améliorateur de sol très efficace. Un coutre circulaire fend le sol, qui doit n'être ni trop humide, ni trop sec, et la fente est suivie par une barre de métal en forme de soulier, qui ouvre le sol sans le retourner pour former une poche d'air (voir photos 1 et 2). Les graines peuvent être déposées dans ces étroits sillons ; les haricots et le maïs semés ainsi poussent à travers l'herbe pour donner une récolte record. Il n'est besoin ni d'engrais, ni d'épandage en surface : l'effet bénéfique de l'air emprisonné sous terre, et le travail subséquent de la vie du sol et des racines des plantes suffisent.

L'illustration graphique des effets de ces mesures sur la température du sol est faite lors des nuits de gel. Les sols aérés ne gèlent pas, contrairement aux sols compactés. Wallace démontre clairement cet effet en faisant des cultures « tropicales » dans sa ferme de la vallée de Kiewa, qui n'est qu'à 65 km de la neige en hiver.

Il n'y a qu'une seule règle dans ce type de « labour », c'est de conduire votre tracteur ou votre attelage légèrement vers le bas, en produisant un tracé en arête de hareng : la colonne vertébrale est la vallée et les côtes sont les pentes. Comme le dit Geoff : « Même un enfant peut conduire une machine roulant légèrement en pente. » Les canaux du sol — il y en a des centaines — deviennent ainsi le chemin le plus facile pour que l'eau circule, et elle quitte la vallée, sous la surface du sol. Comme la surface est peu dérangée, les racines protègent de l'érosion, même juste après le « labour », l'eau pénètre et les processus de vie sont accélérés. Le profit d'un sol amélioré de cette manière est représenté sur la fig. 3.1.

Wallace ne voit pas l'intérêt de descendre à plus de 100 mm lors du premier passage, et à plus de 150-225 mm par la suite. Les racines des plantes, nourries par la chaleur et par l'air, pénètrent ensuite jusqu'à 30 ou 50 cm dans les pâturages, davantage en forêt. Pour éliminer les quantités d'eau massives provenant des égouts, Yeomans recommande d'entailler jusqu'à 90 ou 1,50 cm ; un essai de ce système est en cours à Maryborough (Victoria) sous des lagons d'épandage.

J'ai rarement vu des terrains qui ne pourraient tirer bénéfice d'une telle amélioration du sol, comme première étape avant d'y concrétiser d'autres conceptions. Il n'y a que les sols très rocheux ou sableux qui ne puissent être traités convenablement (dans ce cas, il faut principalement avoir recours à des moyens biologiques), mais on peut utiliser cette méthode sur les terrains de football pour les empêcher de se compacter en se détrempant, sans gêner sérieusement leur utilisation.

De la même façon, les pâturages et les cultures ne cessent pas de produire, contrairement à ce qui se passe lorsqu'on les laboure avec des outils conventionnels en mettant la terre à nu, et les processus de vie ne sont que très brièvement interrompus.

Pour les petits jardins de terre compactée, Yeomans recommande d'y enfoncer une lourde fourche-bêche et d'exercer une douce pression sur le sol jusqu'à ce qu'il s'entrouvre(1).

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FIG. 3.2 : SCHEMA DE LA CULTURE SANS LABOUR DES CEREALES ET DES LEGUMINEUSES.

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