Permaculture - 02.2 - Critères de planification

Publié le par permaculture.over-blog.fr

2.2 CRITÈRES DE PLANIFICATION

« L'homme peut porter à son maximum la stabilité économique et sociale en s'éloignant autant qu'il le peut de la monoculture de grandes étendues de terrain, de façon à porter à son maximum la complexité des chaînes alimentaires. »

WATT 14

Une bonne planification globale du paysage devrait laisser la porte ouverte à des raffinements ultérieurs de façon à ce que l'emplacement initial des structures, des terrassements et des végétaux puisse par son arrangement permettre l'inclusion éventuelle d'autres systèmes énergétiques. En bref, n'excluez pas le soleil comme source d'énergie, et laissez l'eau couler vers le bas ; stockez-la dans le sol et laissez-la en sortir propre. Laissez l'air chaud et la vapeur d'eau s'élever à leur guise, et ne vous occupez pas de pompes qui forcent les flux naturels à s'inverser.

Les critères pour de tels modèles sont ceux que peuvent actuellement appliquer tous les paysagistes professionnels et les conseillers en architecture ou en agriculture.

Ne pas agir ainsi représente une trahison non seulement des clients, mais aussi du futur, où les prix de la maintenance pourront être dix fois plus élevés vue les coûts initiaux d'installation d'un jardin, d'une ferme, d'un parc, d'un logement, d'une usine ou d'une école. Les clients doivent eux aussi vérifier ces critères :

  • Systèmes d'énergie passive ;

  • Contrôle adéquat du climat sur le terrain ;

  • Futurs développements prévus ;

  • Dispositions pour l'autosuffisance alimentaire sur le terrain ;

  • Besoins minimaux d'énergie extérieure ;

  • Élimination sans problème des déchets sur le terrain ;

  • Structures et terrain nécessitant peu d'entretien ;

  • Approvisionnement en eau assuré et stocké ;

  • Contrôle du feu et des facteurs climatiques (froid, chaleur excessive et vent).

La façon la plus simple de vérifier un plan est de se demander : « Pourquoi ai-je placé cette structure ou cette plante à cet endroit ? »

Nous avons abouti à la conclusion qu'une analyse en permaculture doit prendre plusieurs facteurs en considération. Par exemple :

  • Production et rendement intrinsèques (variété et quantité de la récolte) ;

  • Rendement de la planification (canalisation et conservation de l'énergie) ;

  • Interaction de la permaculture et d'autres systèmes (habitations) en matière de transfert et de conservation d'énergie ;

  • Rendement dans le domaine du social et de la santé.

Le rendement total dépend davantage de notre planification, donc de nos connaissances et de notre intellect que de l'énergie disponible à l'intérieur du système. Même en matière de production, c'est la façon dont nous planifions les bordures, les espèces et leurs emplacements qui peut déterminer le rendement, car, on s'est aperçu que la production de céréales était étonnamment accrue en bordure des carrés d'essais testés pour leur rendement (Dr. P. Jones, Univ. Agr. de Sidney, communication personnelle) ; et c'est nous qui déterminons la quantité de bordures dans le système.

Nous déterminons également l'arrangement global des espèces en fonction de l'énergie du soleil et du vent, et de notre niveau d'utilisation du système. Au total, l'énergie gagnée, générée et conservée relève d'un calcul complexe. C'est particulièrement vrai si nous utilisons la chaleur peu coûteuse provenant soit du soleil soit d'installations industrielles ou de centrales électriques pour augmenter les rendements des espèces productrices de nourriture et de combustible vivant dans des étangs ou des serres plutôt que de laisser cette énergie se perdre.

1. Décider des priorités

Lors des premières étapes, les besoins réels doivent être satisfaits et les environnements adverses modifiés. Mais toujours :

  • la première priorité est de planifier ;

  • la seconde concerne les besoins humains ;

  • la troisième est la conservation de l’énergie (1) ;

  • tout ceci conduit presque toujours à la modification de l'environnement par les plans et les structures.

Il faut prendre des dispositions pour pouvoir inclure ultérieurement d'autres systèmes de conservation d'énergie, de façon à ce que l'ensemble du site puisse utiliser au mieux le vent, la marée, l'eau ou le soleil. Même si ces systèmes ne peuvent être mis en place dès les premières années, un espace leur est réservé dans le cadre des cultures annuelles ou à court terme.

Quant il s'agit de la mise en oeuvre :

  • les premiers plans et structures doivent être ceux qui génèrent de l'énergie;

  • les seconds, ceux qui économisent de l'énergie ;

  • et seulement à la fin ceux qui consomment de l'énergie.

Il est assez facile d'établir les priorités en les comparant à un ensemble de critères, importants à présent et moins sujets à révision, car les conditions changent avec le déroulement du temps.

Par la suite, il pourra être possible de prendre en considération ce qui concerne le commerce et le superflu, une fois que les besoins de base auront été satisfaits. La planification à très long terme dans les communautés pourrait donc être centrée sur la diversification et la spécialisation en secteurs s'occupant de médecine, de teinture, de chimie et de combustible. Par contre peu d'entre nous peuvent commencer sans avoir à emprunter de l'énergie sous forme de nourriture, de combustible, de médecine ou même de fumier.

Le but principal de toute notre planification devrait être d'établir un état de synergie, de façon à ce que tout ce qui peut être ensemble soit mis ensemble et travaille ensemble dans une entraide mutuelle.

Chaque élément est apte à de multiples fonctions, de multiples usages : chaque fonction peut être assurée par plusieurs éléments de façon à constituer un système sans faille. En appliquant ces critères, certaines questions trouvent d'elles-mêmes leurs réponses. Par exemple :

Où dois-je construire ma serre ?

En ne tenant compte que de l'énergie, les réponses sont évidentes :

  • Premièrement, contre les habitations pour fournir et stocker de la chaleur et pour faire pousser des plantes alimentaires.

  • Deuxièmement, contre les structures ne servant pas d'habitation, pour fournir de la chaleur.

  • Troisièmement, contre les abris des animaux, avec échanges de chaleur, de fumier et de gaz.

  • Et il ne faudrait établir qu'en dernier lieu — sans doute jamais si l'on voulait être raisonnable — une structure isolée, vitrée de tous côtés.

Que dois-je faire lorsque le vent m'empêche de cultiver ?

  • Premièrement, planter des arbres et des arbustes locaux, utiles ou non (armoises, herbe des pampas, pins, coprosma, épineux), qui soient gratuits ou bon marché, qui poussent très rapidement, qui puissent être bouturés ou propagés par divisions des racines ou par rejetons, et dont on soit sûr qu'ils survivront.

  • Deuxièmement, en implantant dans tout le jardin des structures, en particulier des treilles, des murs de pierre sèche, des fossés, des talus et de petites haies.

  • Troisièmement, en plantant sur une grande échelle des végétaux rustiques, par boutures ou par plants.

  • Et enfin en plantant des haies permanentes et utiles en tenant compte des stratégies précédentes.

Que faut-il cultiver en premier ?

Seules quelques espèces de plantes valent la peine d'être cultivées en grand. Sans nous occuper pour le moment de leur valeur commerciale, voici trois considérations fondamentales :

  • 1 Cultures qui ne nécessitent que peu d'attention après la plantation ou le semis (pommes de terre, maïs, potirons).

  • 2 Qui soient faciles à récolter, à stocker et à utiliser.

  • 3 Et qui puissent fournir une partie importante de l'alimentation. Voici encore les pommes de terre, le maïs et les potirons (pour la chair et les graines). Les céréales ne sont intéressantes que si on les cultive sur de petites surfaces selon le système de Fukuoka'.

A des fins commerciales, il nous faut aussi considérer les cultures :

  • 4 économiquement interessantes, même si elles sont difficiles à récolter (fraises, framboises) ;

  • 5 difficiles à conserver (melons, pêches) ;

  • 6 rares mais très recherchées (ginseng, asperges);

  • 7 particulièrement bien adaptées au site (cactus, figuier, mâcre, canneberge), par exemple une pente douce exposée au sud avec peu de variables. Le paysage « réel » est traité dans les sections suivantes.

A peu près les mêmes critères devraient s'appliquer aux arbres producteurs ; on peut toujours établir entre eux des cultures annuelles à mesure que passe le temps. C'est ainsi que l'on aurait dans les séries précédentes :

  • 1 prunes, fruits rustiques et plantes grimpantes ;

  • 2 noix, noisettes, amandes et fruits facilement séchés ;

  • 3 encore noix, etc., et fruits de haute valeur nutritive ;

  • 4 cerises, safran ;

  • 5 fruit locaux à pulpe, comme les papayes ou les groseilles ;

  • 6 épices et plantes médicinales, teintures et huiles ;

  • 7 érable à sucre, « cidergum », pistaches, etc.

Dans le domaine de la planification pratique, sur le terrain, nous travaillons souvent sans précédents et, dans ce cas, nos seuls guides sont le bon sens, l'observation, la recherche judicieuse des espèces et les principes nécessaires de physique. Mais le planificateur devrait toujours être attentif aux phénomènes locaux et aux traits particuliers, et essayer de tirer parti de ce qui est en place, plutôt que d'implanter de nouvelles structures, réclamant davantage d'énergie.

1 Je parle ici de l'énergie totale, qui inclut toutes les énergies relatives à la consommation, à la transformation et à la production. Par exemple, le travail, les matériaux, la moisson, les rendements, le raffinage, le transport, l'empaquetage, le stockage, la vente, etc., sont différentes énergies impliquées dans un système commercial.

Voir Permaculture I sect. 2.8, p. 8-9. Réf. 19, et Goldsmith (et al.), Blueprint for Survival, Ecologist 1972.

Publié dans Permaculture

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